L'être

"Chacun s'efforce d'apprendre ce qu'il ne connaît pas, mais il ne cherche pas à approfondir ce qu'il connaît déjà. Chacun critique chez les autres ce qui le dépasse, mais se garde de juger le peu dont il est capable.
C'est de là que vient le grand désordre. "

 
TCHOUANG-TSEU
   
   
Dans la société d'aujourd'hui, dans l'effondrement des valeurs morales et des croyances, les choses de l'esprit sont chassées de la vie intellectuelle et sociale pour donner la suprématie à la matière. Il en résulte un vide existentiel, remplacé par le règne de l'égoïsme, de l'ambition et du fanatisme qui s'opposent à tout progrès spirituel.
 
On peut se résigner à vivre toute son existence dans ce que l'on a pris l'habitude de supporter comme une fatalité, avec des émotions conflictuelles, des angoisses, des peurs, un mal-être fréquent sinon permanent.
 
On peut aussi éprouver l'envie d'un changement qui nous procurerait un bonheur plus durable et plus stable que les satisfactions et les plaisirs que nous connaissons habituellement car ces satisfactions et ces plaisirs sont toujours de courte durée, même quand ils sont intenses, en raison d'un grand nombre de contrariétés qui viennent rapidement le troubler.
Notre aspiration à un mieux-être, que le seul progrès matériel n'est plus suffisant à satisfaire, cache une aspiration spirituelle inconsciente qui nous permettrait de transformer notre destin en destinée.
 
L'envie que nous avons eue quelquefois de changer de vie n'a jamais été suivie d'effet parce que nous sommes persuadés que les causes de nos contrariétés diverses proviennent d'un monde extérieur auquel nous ne pouvons pas échapper, et nous retombons dans le piège de la fatalité.
Alors à quoi bon ?
 
Pourtant, nous gardons en nous le rêve d'un monde réenchanté où nous supporterions mieux les difficultés de la vie, en étant plus sereins, moins prisonniers de nos conditionnements et de la matérialité de notre existence, en un mot plus en harmonie avec nous-mêmes et avec les autres.
 
Un monde où nous donnerions un sens nouveau à la vie en accordant plus de place au domaine spirituel, qui nous libérerait un peu de l'emprise du domaine matériel.
 
Lorsque l'on parle de spiritualité, beaucoup éprouvent des appréhensions, de peur que cela ne nous oblige à lâcher tout ce à quoi nous tenons le plus, et nous ne nous sentons pas prêts pour une vie de renoncement, de contemplation ou de béatitude mystique.
 
Il existe pourtant des voies spirituelles qui peuvent se vivre quotidiennement dans une vie familiale et dans l'exercice d'un métier ou d'une profession et, parmi celles-ci, la Franc-maçonnerie en est une qui, sans prétendre être la seule, correspond à notre temps.

F. Ducluzeau